Au delà de la Z . 2016_2018 - manolo mylonas
Au delà de la Z . 2016_2018
La génération Z, c’est la génération des jeunes gens nés depuis le début du 21ème siècle. Les plus vieux fêtent, cette année, leur dix-huitième anniversaire. Que fait-on, quand on a 18 ans, aujourd’hui, dans le Grand Paris et que l’on veut célébrer sa jeunesse, en dehors des clous, au delà des zébras ?

Dans la continuité de sa série Tous les jours dimanche !, Manolo Mylonas propose, avec Au-delà de la Z, des photographies de jeunes adultes, arrachant leur liberté au béton, à Paris et en banlieue nord, avec l’aisance tranquille, la gourmandise, l’insouciance et la fantaisie propres au Bel Âge.

Éloge de l’oisiveté au temps du management agressif et du chômage de masse, Au-delà de la Z, c’est l’échappée belle d’une génération, libre et fantasque, que le photographe est allé saisir dans de drôles de décors, dans les interstices de la ville, au-delà des Zones où urbanistes et sociologues voudraient la contraindre.

Déconstruisant avec jubilation les représentations caricaturales de « la jeunesse des banlieues », le photographe s’attache à montrer des individus singuliers, particuliers, faisant exploser avec malice l’idée, réelle ou fantasmée, d’une jeunesse urbaine clonée, « uniformatée », sans imagination, qui ne sortirait que dans les mall centers et les fast food.

Que ce soit au cœur de « sites de rencontres urbaines » (comme il aime à les appeler lui-même) où ils dansent furieusement, célébrant la vie et la sensualité, ou dans des friches péri urbaines, ou au bord du canal, ou dans la circulation, ou dans la rue, ou sous les arbres, le photographe saisit ces petits moments de bonheur, d’intimité urbaine, volés à la ville, dans la vie de ces « presque adultes mais pas tout à fait ». Il nous les montre, croquant la vie, bravant les interdits, faisant la grisante expérience initiatique de l’autonomie, dans les marges du Grand Paris.

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J'alterne les allées venues au « Cent Quatre » devenu depuis 10 ans, « l’Agora » où converge une génération inspirée, danseurs en herbe venus des 4 coins du Grand Paris et d’ailleurs. Je reviens sous la nouvelle Canopée aux Halles, j’aborde les jeunes à l’écart de ce temple du consumérisme parisien, sécurisé par des vigiles refoulant poliment les petits groupes. Les beaux jours du printemps arrivant, j’agrandis le périmètre de mes balades en trajectoires aléatoires en Seine-Saint-Denis et ses alentours, toujours en quête de nouvelles rencontres.

L’approche photo varie en fonction de la distance au sujet. Je déclenche sur le vif ou alors j’attends l’acquiescement du regard ou j’explique ma démarche. J’essuie peu de refus et un doigt d’honneur. Mobile, en scooter, je capte, au hasard de mes balades, les rencontres inattendues et singulières. Je déclenche l’appareil au feu rouge. L’instant est fugace. Les jeunes démarrent en trombe. La bagnole est toujours le symbole de la « liberté sur la départementale ». Le bitume défile toute la journée sous les roues de mon scoot’. J’alterne les paysages et je rejoins les berges des canaux de Saint-Denis et de l’Ourq. Coté canal, à Pantin, c’est devenu l’endroit branché qui attire les curieux en goguette. On y croise des péniche techno en safari jusqu’à Bobigny. Certains viendraient du bout de monde pour la vente privée d’une création de luxe vintage située dans une usine désaffectée, s’extasiant des murs en briques toujours dans leur jus d’époque.

Je file, de friche en friche. Les décibels résonnent le long la nationale 2 en face de la déchetterie. J’arrive dans une soirée bondée pour un « little Burning Man », en lieu et place d’un campement de gitan récemment expulsé où de jolies hôtesses m’accueillent, façon hyppie new age. Une sculpture géante en bois attend sur son socle pour s’enflammer. Un peu plus loin, vers Noisy-le-Sec, les familles gitanes éparpillées tentent de restaurer un semblant de dignité, le long du canal, entre les parcelles du futur éco quartier « south canal ».

En panne d’inspiration, lassé par trop de béton, je rejoins souvent le Parc Forestier du Bois de l’Étoile. Tout y est noyé dans le vert, des grenouilles coassent. A en croire la présence de chasseurs, d’autres espèces sauvages trainent dans ce coin culminant où la vue est imprenable sur toute la vallée de Montfermeil, paysage urbain alternant HLM et pavillons, coupé au loin par la voie ferrée du RER. Là-haut, j’y retourne plusieurs fois, sous la neige, dans le brouillard, en juillet pour le feu d’artifice. Une autre fois, des groupes font la grisante expérience d’une sortie dans les carrières de gypse interdites au public. J’y croise des âmes solitaires, des amoureux, à l’abri des regards, venus graver leurs initiales sur les roches en grès, pour l’éternité.

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